L'avantage corporate est la valeur nette créée par le fait qu'un groupe d'activités est géré sous une propriété et une gouvernance communes, par rapport à ce que ces mêmes activités vaudraient si elles étaient gérées comme des entités indépendantes ou sous une propriété alternative.
Il opère à un niveau d'analyse distinct et supérieur à l'avantage concurrentiel. Là où ce dernier répond à la question 'pourquoi cette unité gagne-t-elle face à ses concurrents dans son marché ?', l'avantage corporate répond à la question 'pourquoi ces activités valent-elles davantage ensemble et sous ce propriétaire qu'autrement ?'
Michael Goold, Andrew Campbell et Marcus Alexander (1994) développent le concept de parenting advantage* y est proche. En effet, l'organisation mère, appelée aussi le parent corporate, ne génère pas de revenus propres ni ne sert directement des clients externes. Sa seule légitimité économique est d'influencer les unités opérationnelles d'une façon qui améliore leur performance au-delà de ce qu'elles atteindraient si elles étaient indépendantes. Cette influence peut prendre trois formes :
1- 'L'influence sur la performance intrinsèque' : le siège guide les décisions stratégiques de chaque filiale, définit ses objectifs, nomme ses dirigeants ou/et approuve ses investissements majeurs d'une manière que les marchés financiers ou des actionnaires dispersés ne pourraient pas reproduire.
2- 'Le lien parental' : le siège facilite des synergies entre filiales qui ne se réaliseraient pas sans intervention centrale comme des transferts de savoir-faire, partage de ressources, coordination commerciale ou bien standardisation de marques, pour ne mentionner que les plus importants.
3- Le développement corporate : le siège crée de la valeur en achetant, vendant, faisant pivoter, développer et configurer des unités/activités dans le portefeuille.
Ulrich Pidun (2019) prolonge et formalise ce cadre en introduisant le concept de meilleur propriétaire*. L'avantage corporate n'est pas absolu mais relatif. En effet, une firme détient un avantage corporate sur une activité si et seulement si elle génère pour cette activité une valeur supérieure à tout propriétaire alternatif. Cette valeur supérieure découle de deux sources complémentaires :
1- 'L'avantage parental' qui se matérialise dans les capacités distinctives du siège, comme l'expertise financière, compétences en gestion de marques, accès privilégié aux talents ou bien sa qualité de gouvernance, et créent, de facto, de la valeur dans cette activité spécifique au-delà de ce que des marchés de capitaux ou des propriétaires alternatifs pourraient générer.
2- 'L'avantage de liaison'. Ce dernier se manifeste par la présence d'une activité dans le portefeuille qui génère des synergies positives nettes avec les autres activités du groupe, soit par le partage de ressources critiques, soit par l'accumulation de capacités combinatoires, soit par les effets de connexion entre clientèles ou canaux.
Phanish Puranam et Bart Vanneste (2016) quant à eux, précisent que l'avantage corporate se structure autour de quatre opérateurs de synergie :
1- La consolidation qui est le partage de ressources similaires avec transformation significative des activités pour réaliser les synergies.
2- La combination qui est l'utilisation combinée de ressources similaires sans modification majeure des activités pour réaliser les synergies.
3- La customisation qui est la co-spécialisation de ressources dissimilaires qui se développent mutuellement par les activités. C'est le coût le plus important en termes de transformation des ressources pour réaliser les synergies.
4- La connexion qui est la mise en relation de ressources dissimilaires sans modification entre le activités pour réaliser des synergies.
L'avantage corporate est d'autant plus robuste que ses sources combinent plusieurs de ces opérateurs, rendant la valeur créée par le groupe plus difficile à répliquer par un conglomérat rival ou par des firmes indépendantes coopérant via le marché.
La mesure la plus directe d'un avantage corporate est la comparaison entre la valeur de marché effective du groupe et la somme des valeurs de ses parties valorisées indépendamment, c'est le fameux test de la somme des parties. Quand la capitalisation du groupe dépasse la somme de ses parties, les marchés reconnaissent un avantage corporate réel et ils paient alors une prime de conglomérat pour appartenir au groupe. Selon Emilie Feldman (2022), quand la capitalisation est inférieure à la somme des parties, il y a une décote de conglomérat mesurée empiriquement à 13-15 % en moyenne, les marchés signalent l'absence d'avantage corporate, voire l'existence d'un désavantage, ce qui veut dire que le groupe détruit de la valeur en maintenant ces activités ensemble. General Electric illustre cette transition puisque jusqu'en 2005, sa capitalisation dépassait la somme de ses parties. Il y avait donc un avantage corporate réel, mais à partir de 2006, la décote s'est creusée irrémédiablement, signalant que GE était devenu un propriétaire sous-optimal de plusieurs de ses activités.
La distinction entre avantage corporate et avantage concurrentiel n'est pas seulement analytique, elle est stratégiquement prescriptive. Une firme peut avoir un avantage concurrentiel fort dans chacune de ses unités sans avoir d'avantage corporate si le siège ne crée pas de valeur additionnelle par son parenting. À l'inverse, une firme peut créer un avantage corporate significatif sur des unités individuellement modestes si ses capacités parentales, incluant la vision stratégique, la discipline d'allocation de capital et la gouvernance interactivités, améliorent leur performance de façon systématique, significative et non imitable. D'ailleurs, Andrew Campbell et Michael Goold (1998) soulignent que des entreprises aussi différentes que Hanson, Virgin, Emerson ou Granada ont démontré qu'un avantage corporate robuste pouvait exister sans aucune synergie entre unités, dès lors que la valeur ajoutée par le parenting stand-alone* (traduit en 'l'influence sur la performance intrinsèque') était suffisamment distinctive, rappelant que la synergies n'est pas la seule logique de l'avantage corporate, mais l'une de ses expressions parmi d'autres.